2) Le site à l’époque moderne

Plan de Behbeit el-hagara

Le temple, les érudits et les scientifiques

Le site a été découvert au début du 18e siècle par les voyageurs européens. Il a été alors identifié comme étant le temple d’Isis décrit par Hérodote (II, 59) à Bousiris. Cette confusion entre Bousiris et Behbeit a été entretenue pendant un certain temps. Comme le temple de Behbeit eut finalement une existence assez brève, la question de savoir si le site correspond à l’Iseum des textes romains doit être confirmée.

Behbeit a fait l’objet de nombreuses descriptions de la part des voyageurs et plusieurs plans ont été dressés. Cependant les récits les plus anciens (le Père Claude SICARD, S.J. (1677-1726), Paul LUCAS (1664-1737)) ne sont pas accompagnés de plan du site, le plus ancien étant celui de R. Pococke (1743) (R. Pococke, A Description of the East and Some other Countries. Volume the First. Observations on Egypt, London 1743, p. 21, pl. VI. Voir Christine Favard-Meeks, Behbeit, pl. XXIV).
Le commentaire du voyageur mérite d’être cité car il y décrit un état du site avec certaines précisions :
“As well as I could trace out the foundation, it seem’d to have been about two hundred feet long, and hundred feet broad, for it is all a confused heap of ruins. At about one hundred feet distance is a mound raised round it, as to keep out the Nile, with an entrance on each side ; the walls of the temple seem to have been ten feet thick, and to be built on the outside with grey granite, in very small specks, with some mixture of red.”
On doit le premier relevé d’inscriptions du temple à Paul Lucas (P. Lucas, Troisième voyage du Sieur Paul Lucas II (Rouen, 1719), 11-14 et pl. p. 12). Je tenterai de montrer l’intérêt de ce document chaque fois que l’occasion se présentera : les hiéroglyphes n’avaient pas encore été déchiffrés par Champollion et pourtant certaines inscriptions sont identifiables.

Le nom du site n’apparaît pas sur les cartes publiées dans la Description de l’Egypte. Mais il figure sur des cartes, longtemps restées inédites, dressées par des membres de l’Expédition. Voir, par exemple, : “Charles de Chanaleilles. Un Ardéchois à la campagne d’Égypte”, dans Les problèmes institutionnels de l’eau en Égypte ancienne et dans l’Antiquité méditerranéenne, IFAO, BdE CX, 1994, 123-130 et pl. I, III.

En revanche, le plan du site dressé par les architectes MM. Jollois et Du Bois-Aymé (Description de l’Égypte, Antiquités-Planches. Tome Cinquième, Paris, Imprimerie Royale, 1822, pl. 30) est intéressant par sa précision. C’est d’ailleurs cette précision qui gêne un peu. La démarche de MM. Jollois et Du Bois-Aymé est celle d’architectes qui tentent de retrouver dans ce dédale de pierres la structure du monument. Ils n’hésitent pas à faire appel à leur connaissance des temples de la vallée et leur souhait de le reconstruire par la pensée devrait susciter un certain recul à l’égard de ce plan qui est peut-être trop interprété. Je dois, cependant, reconnaître que je l’ai eu en permanence sous les yeux et j’y ai souvent cherché confirmation de ce que j’osais avancer.
Nestor l’Hôte, Carl R. Lepsius, G. Wilkinson, au cours du XIXéme siècle, figurent parmi les premiers spécialistes qui visitèrent le lieu, mais ce sont les relevés d’inscription et les quelques photos publiés par Roeder (1909), Edgar et Roeder (1913) et Naville (1930) qui constituent le point de départ de mon travail. Puis, il faut attendre la fin des années quarante et le début des années cinquante pour qu’une mission archéologique (la mission Montet qui avait découvert la nécropole royale de Tanis) y entreprit le dégagement des blocs du secteur sud-est du temple. Des résultats ont été publiés par P. Montet, BSFE 2 (1949), Kêmi 10 (1949), CdE 24 (1949), ASAE 50 (1950), par J. Leclant, Orientalia, 19/4 (1950), Orientalia 21/2 (1952), Dans les pas des pharaons (1958) et L’Égypte du crépuscule. Univers des Formes (1980). Enfin, je dois préciser que les études architecturales d’A. Lézine (Kêmi 10 (1949), 49-57, pl. IV-V) et son plan m’ont beaucoup aidée à comprendre certains aspects du site. D’ailleurs, les dessins que je présente en témoignent.