Une Longue Histoire – De 2001 à maintenant

La retraite

Bien que regrettant de ne pas avoir conservé mon emploi jusqu’à 68 ans, je profitais néanmoins de cette période pour mieux connaître l’Égypte grâce à mon mari, D. Meeks qui y a été nommé. C’est à Bernard Mathieu, Directeur de l’IFAO, que je dois mon retour sur le site, en 2002. Les premiers contacts avec le temple n’ont pas vraiment été très faciles : grâce à la bibliothèque de cet institut, j’ai découvert, presque par hasard, des fragments de blocs dans des catalogues de vente aux enchères récents et je me suis chargée alors d’une tâche bien ingrate, en informer le Conseil Suprême des Antiquités.Qui plus est, l’Université de Tanta procédait à des dégagements très utiles. Je sollicitais l’organisation d’un Survey des blocs de surface du temple de Behbeit el-Hagar et après le départ de Bernard Mathieu, c’est la nouvelle Directrice de l’IFAO, Madame Laure Pantalacci, qui l’autorisa.

Il convient, tout d’abord, de préciser que la mission d’inventaire des blocs a grandement été facilitée par le nettoyage du site et le dégagement d’un certain nombre d’entre eux et nous en remercions vivement le Supreme Council of Antiquities et l’inspectorat de Tanta. Le site s’est retrouvé dans un état assez proche de celui de 1977, voire amélioré, car certains blocs inscrits non repérés auparavant ont été, sinon dégagés, du moins rendus identifiables.

J’ai constitué, à l’intention des participants à l’inventaire, à partir de la base de données et des photos du CD-Rom qui l’accompagne, dix-huit dossiers, chacun correspondant à un secteur du temple selon le découpage, à quelques variantes près, proposé dans ma thèse et dans les études qui ont suivi. Les sources de la base de données sont très diverses. Elles regroupent les résultats de la mission épigraphique de 1977, faite par D. Meeks et moi-même, ainsi que tous les blocs relevés dans les différentes publications (essentiellement Naville, Roeder, Edgar-Roeder) et dans les archives Montet. Un rapport technique détaillé est préparé à l’intention des membres de la mission, décrivant les sources de la base. Chaque dossier contient : la liste des blocs du secteur, un plan indiquant son emplacement et quand cela a été possible, l’élévation de paroi(s). Enfin, chaque bloc à localiser était illustré soit par une photo, soit par la photocopie des pages de la thèse où le bloc est étudié, soit par la photocopie des dessins provenant essentiellement de l’ouvrage de Naville.

La première étape de la mission se déroula en avril 2006, alors que j’étais sur la fin de mon séjour en Égypte. La mobilisation des membres de la mission a joué un rôle important. En dehors du Chef de Mission, ont participé Laurent Coulon, adjoint aux publications, Sybille Emerit, Ivan Guermeur, Lilian Postel, Isabelle Régen (membres scientifiques). Chacun d’entre eux s’est chargé de plusieurs dossiers correspondant à des secteurs cohérents. Leur contribution a consolidé le contenu de la base de données et je les en remercie sincèrement : je garde un souvenir réconfortant des deux journées passées avec eux sur le site.

Les résultats ont été reportés dans la base (mon rapport d’avril 2006). Certains blocs perdus depuis longtemps ont été retrouvés, d’autres, non repérés auparavant ont été, sinon dégagés, du moins rendus identifiables, en tant que blocs inscrits, quelques erreurs ont aussi pu être corrigées. En effet, un bilan par secteur est dressé faisant précisément apparaître les nouveaux blocs et les blocs manquant à l’appel. J’ai réparti ces derniers en deux catégories car il est certainement plus important de retrouver les blocs in situ en 1977 que les blocs uniquement connus par un dessin de Naville fait dans les années 1880. Signalons, néanmoins, que nous avons eu la chance d’en découvrir plusieurs. Ceci encourage à conserver dans l’inventaire de la base tout ce qui a été publié depuis le XVIIIe siècle.
Ainsi, peut-on mentionner, pour illustrer les résultats positifs de ce survey, un bloc en granit rose. Presque isolé sur le côté nord du temple, dégagé de la végétation, ce bloc est présent dans la bibliographie depuis l’édition des dessins d’E.Naville et des textes copiés par Edgar et Roeder. Photographié par D. Meeks, il est dans la base sous le numéro 538.
Un autre exemple peut être cité, la découverte d’un fragment de granit rose, enfoui parmi d’autres dans l’amas central du secteur de Ptolémée II, mais qui présente un cartouche de Ptolémée III, surmonté de deux plumes, provenant d’une frise (Bifao 106, 2006, 358-359, fig. 11, maintenant bloc 606 dans cette base de données). Ceci pourrait témoigner du fait que Ptolémée III a voulu marquer sa présence dans les constructions de Ptolémée II parmi les chapelles sur le toit, en granit rose. Un détail peut-être mais une information d’ordre architectural et religieux, digne d’intérêt.

Des étapes importantes ont été franchies en très peu de temps. Comme un certain nombre de blocs sont encore manquants, un travail non négligeable de vérification reste à faire. Ce travail aurait été, évidemment, grandement facilité dès lors que l’on disposerait des photos aériennes et du relevé topographique en cours d’élaboration, tel que cela avait été programmé. La version préliminaire que Damien Laisney me remit avant mon départ, en dehors du tracé utile du mur moderne, construit en 1993, ne me permettait pas d’identifier les blocs relevés et d’exploiter leur positionnement. Ma mission achevée que je dois qualifier de bénévole et rentrant en France fin avril 2006, je n’ai pas été associée aux autres opérations du Survey. Le rapport final qui devait être remis à l’inspectorat de Tanta n’a pas été établi par mes soins. Cependant, le rapport de la mission d’inventaire a été publié. Voir Bifao 106, 2006, 358-359, fig. 10-11.

Pour résumer, un rappel. En 1973, au moment où l’Égypte, après les conflits, s’ouvrait à nouveau au monde et alors que j’étais boursière du British Council, j’ai pu participer à un voyage organisé par l’Egypt Exploration Society. J’ai alors rencontré l’Égypte pour la première fois, au printemps, et j’ai compris que je garderai beaucoup de tendresse pour ce pays. Dans les années 80, avec la montée en puissance de l’informatique, j’ai tenté un travail d’étude et d’analyse des blocs. J’ai reçu quelques encouragements qui ont joué un rôle majeur. Ceux de D. Meeks ont été essentiels et pragmatiques : grâce à la police de caractères Sechat qu’il avait créée, j’ai pu éditer les textes que je ne pouvais plus dessiner, souffrant depuis 1985, d’une maladie invalidante; ceux du Prof. J.-Cl. Goyon qui, après avoir pris connaissance de mes premiers dossiers de reconstitution, m’a dit : « ça marche ! » ; ceux de Marcel Détienne, mon directeur d’alors à l’EPHE, qui m’a laissée continuer.
Bien sûr, au long des années, tout cela ne fut possible que grâce au Conseil Suprême des Antiquités et aux présidents qui s’y sont succédé, aux responsables des Antiquités du Delta, et en particulier, le Dr. Mohamed Abd El-Maksoud, au CSA, responsable du Delta, à l’inspectorat de Tanta et tous les égyptologues égyptiens que j’ai pu rencontrer qui m’accordèrent une confiance qui me permit de continuer ce travail, un peu hors des normes habituelles d’un chantier de fouilles, avec la seule aide d’un appareil photo. Mais, pour répondre aux invites qui m’étaient faites, je n’ai pas eu le pouvoir administratif et financier nécessaire. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais eu l’intention de participer, lorsque le moment serait venu, au chantier de reconstruction du temple – qui nécessite architectes, spécialistes en travaux publics, etc. Ce que je voulais faire, c’était présenter une lecture du monument tout en sachant qu’il y avait forcément des erreurs, c’était tenter de comprendre ce temple, presque insolite, à partir des textes qu’il recèle, de son iconographie, impliquant des divinités funéraires que tout le pays vénérait depuis des siècles, et les exigences du culte funéraire royal tardif.

Après un séjour de quatre ans en Égypte, en 2006, j’ai donc continué mon travail sur la base de données, dans laquelle j’ai mis toute l’information que j’avais pu accumuler et tout ce que j’ai pu apprendre, espérant que cela puisse être utile.
Le Professeur F. Servajean, Professeur d’Égyptologie à l’Université de Montpellier III, Paul Valéry me proposa alors de l’aide pour cette base enrichie. J’ai, bien sûr, accepté, puisque mon mari et moi nous nous installions à Montpellier, pour un autre projet, un dictionnaire. Malheureusement, comme j’aurais pu le supposer, le projet n’a pas abouti; la base m’a été retournée, en 2013, en langage informatique et en désordre, sur une clef USB.

Ce qui est en ligne maintenant est le résultat d’une collaboration fructueuse avec Nicolas Schont, Informaticien à l’Éducation Nationale qui a reconstruit un outil de travail utile, efficace, qui me rassure et quand je pense au site, à ses amoncellements de pierre si photogéniques qui cachaient, sans aucun doute, d’autres blocs inédits, je peux dire : “Nous avons fait de notre mieux”.

La suite:
Depuis 2016, nous avons mis en ligne, avec quelques difficultés disposant d’un matériel vieilli, 200 blocs, soit 384 fiches. Il y a encore beaucoup à faire, tout ce que je demande c’est un peu de patience.
Grâce à cette mise en ligne, apparemment bien accueillie, nous avons eu l’heureuse surprise de recevoir de la part de collègues égyptologues des photos d’une qualité exceptionnelle d’un site de Behbeit en transformation, les blocs reposant sur un sol nettoyé, à l’abri de l’humidité. Les photos de trois blocs que je ne connaissais pas m’ont ainsi été communiquées. L’une d’elles suggère que la scène que j’ai longtemps cherchée était, peut-être, sur le point d’être découverte. Sous le nom de leur auteur, je les ai incluses dans la base, l’une d’elles représentant dorénavant le dernier bloc et je lui dis merci.

Dédier la présente base au Prof.-Dr. Nur el-Din, c’est aussi la dédier à l’Égypte ancienne et contemporaine.